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Cybersécurité et Cybercriminalité : Etat des lieux en Côte d'Ivoire

ACTUAL-IT OCT2016
Dans cette interview accordée à ACTUAL-IT, le Lieutenant-Colonel GUELPETCHIN OUATTARA, Directeur de l'Informatique et des Traces Technologiques (DITT) de la Police Scientifique de Côte d'Ivoire, présente les actions de lutte contre la cybercriminalité conduites à travers la PLCC. Pour rappel, ACTUAL-IT est le magazine d'information du Ministère de l'Economie Numérique de Côte d'Ivoire. Le présent numéro peut être téléchargé ici

Quels sont le rôle et la mission de la Direction de l’Informatique et des Traces Technologiques (DITT) ?

La DITT a pour rôle

  • D’identifier et de piloter les projets technologiques pour la sécurité. A ce titre, plusieurs projets ont connu un aboutissement dont le Centre d’Appel d’Urgence et la vidéo-protection de Yamoussoukro. Le projet phare actuel est le projet de vidéo-protection de la ville d’Abidjan pour lequel, le BNETD, l’ANSUT et la DITT concentrent respectivement les efforts du Ministère de l’Économie Numérique et de la Poste (MENUP) et du Ministère d’État, Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité (MEMIS) ;
  • D’assister et d’appuyer les enquêteurs pour toutes leurs problématiques liées aux technologies numériques ; cet appui se fait grâce au Laboratoire de Criminalistique Numérique (LCN) de la DITT qui développe deux activités novatrices que sont le digital forensic et l’analyse de données numériques ;
  • La DITT a pour mission de conduire les enquêtes pénales de cybercriminalité ; Pour ce faire, elle héberge la Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité (PLCC) qui est, encore une fois, l’émanation de la coopération entre le MENUP et le MEMIS. En effet, la PLCC est le fruit de l’accord de partenariat signé entre l’ARTCI et la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN).

En somme, la DITT concentre plusieurs métiers des technologies numériques qu’elle met au service de la sécurité. Elle est de ce fait le pont entre deux administrations essentielles pour notre pays.

 

Quel est l’état des lieux de la cybercriminalité en Côte d’Ivoire ?

Pour les détails, il faut consulter les statistiques de l’année 2015 publiées sur le site web de la PLCC (http://cybercrime.interieur.gouv.ci/) mais les chiffres montrent une intensification de la lutte avec le triplement du nombre d’affaires prises en charge par la PLCC passant de 564 en 2014 à 1409 en 2015, ainsi que la baisse du préjudice financier constaté. La PLCC a déféré devant les tribunaux 159 personnes en 2015 contre 63 en 2014.

Les cyber-délinquants sont des jeunes âgés en moyenne de 25 ans qui ont eu une scolarité difficile ou ont abandonné leurs études autour de la classe de 3eme. Il faut noter cependant qu’ils n’utilisent pas de procédés techniques avancés (hacking) pour commettre leurs crimes mais plutôt le pouvoir de persuasion. Leur comportement criminel tend à répondre à une agression ou à une «injustice subie» telle que la pauvreté, le chômage, la «dette coloniale»etc. Quant aux victimes, elles sont des personnes âgées, ayant en moyenne 45 ans, qui proviennent la plupart du temps de classe sociale moyenne. Elles ont une trop grande confiance au monde virtuel et donc leur naïveté ou leur cupidité joue un rôle décisif dans la perpétration du crime.

La cybercriminalité en Côte d’Ivoire est essentiellement constituée d’infractions classiques facilitées par les TIC. En des termes plus clairs, il s’agit généralement d’escroquerie, de chantages et d’extorsions basés sur des images sexuelles, etc. De ce fait, il faut retenir que les infractions de cybercriminalité ici ne présentent aucun défi technologique. Les délinquants n’ont rien de génies en informatique. Ce sont juste des escrocs à l’imagination fertile qui utilisent le potentiel d’internet pour amplifier leurs méfaits. Le terme cyber-escroc est beaucoup plus adapté dans notre cas.

 

Quelles sont les actions concrètes menées en vue de lutter contre la cybercriminalité ?

Le premier axe de lutte est la répression, c’est-à-dire la recherche et la condamnation des délinquants. La répression est d’autant plus efficace que la PLCC a élargi son réseau de coopération.

Le second axe est la coopération. Coopération avec les polices d’autres pays, généralement les pays francophones du Nord comme du Sud, mais également plusieurs pays européens comme l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, etc. Coopération avec les entreprises privées nationales et multinationales qui opèrent dans le domaine des TIC. Ce sont tous les opérateurs de téléphonie et d’internet de Côte d’Ivoire, mais aussi les grands groupes internationaux comme Western Union, Moneygram, Facebook avec qui les rapports sont quotidiens et bien suivis. Au niveau des organisations internationales, la DITT est membre du groupe de coordination d’INTERPOL Globale Center for Innovation (IGCI - Singapore) pour la lutte contre les «sextorsion». Elle est membre du réseau 24/7 du G8 pour le gel des preuves numériques. Enfin la DITT participe intensément aux activités du comité technique cybercriminalité de FRANCOPOL ainsi qu’à celles de la FRANCOPHONIE NUMÉRIQUE.

Le troisième axe de lutte est la sensibilisation qui aide à prévenir les crimes. La PLCC est présente sur internet avec son site web et sa page Facebook qui fait référence mondialement avec plus de 80.000 abonnés actuellement. En plus des conseils et de la diffusion des cas résolus, la PLCC est présente sur le terrain avec les conférences, des formations, des stands lors d’expositions, des émissions radio et télé, etc. Les cibles sont extrêmement variées allant des entreprises aux élèves et étudiants en passant par les parents d’élèves. En 2015, une trentaine d’actions de terrain ont été menées par la PLCC contre une quinzaine en 2014.

 

Que dire des moyens de la DITT pour lutter efficacement contre la cybercriminalité ?

La réponse précédente traite un peu des moyens. Notamment la coopération et la sensibilisation. En dehors des moyens organisationnels, des procédures et des idées mises en place, la logistique et les finances qui sous-tendent toute l’activité sont essentielles. Ces moyens ne suffisent jamais, mais la PLCC a pu bénéficier de contributions remarquables des structures signataires de l’accord. Elle souhaite que ces contributions soient à minima confirmées en 2016. Je n’en dirai évidemment pas plus sur nos moyens, les criminels nous lisent aussi...

 

La population ivoirienne a-t-elle bien perçu les dangers que représente la cybercriminalité ? Que faire pour qu’elle puisse s’approprier cette lutte ?

La population ivoirienne n’a pas encore pris la mesure des dangers de la cybercriminalité. C’est la raison pour laquelle nous pensons que la sensibilisation doit être un axe majeur. Cette année, la PLCC travaille sur une vaste campagne de sensibilisation avec un cabinet conseil en communication de la place. Cette sensibilisation demandera la contribution et l’appui de tous les acteurs intéressés par cette lutte. Un environnement TIC plus sûr est profitable non seulement aux acteurs TIC, mais également aux entreprises de façon générale. Nous devons fédérer nos efforts pour atteindre cet objectif commun qui consiste à bâtir un cyberespace sûr et des transactions électroniques crédibles dans un écosystème de confiance. Notre sécurité et nos performances économiques en dépendent.