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[Bénin] Cybercriminalité : Une rocambolesque arnaque de 300 000 euros au Bénin condamne un comptable réunionnais

On a beau se dire que l’arnaque est connue de tous, elle parvient encore à rapporter de beau pactole à certains escrocs. Et ici, elle cause aussi de sérieux souci à un pigeon réunionnais. Jeudi 20 Septembre, un homme de 58 ans a été déféré au tribunal de Saint-Pierre. Poursuivi pour complicité d’escroquerie, il sera jugé en février prochain. En attendant, il a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de rentrer en contact avec une certaine Kimberley C. 

Cette “personne” apparaît comme l’auteure principale de l’escroquerie. Sauf qu’elle ne comparaîtra jamais devant un tribunal et que, d’ailleurs, personne ne la recherche. Pour cause, Kimberley C. n’est qu’un compte Facebook sans aucune existence physique. Si ce n’est quelque escrocs cachés derrière leurs écrans en Afrique, et en l’occurrence au Bénin visiblement. Ces arnaqueurs ont été assez malins pour se faire remettre la coquette somme de 300 000 euros, envoyés par le quinquagénaire saint-pierrois qui leur servait d’intermédiaire.

Selon nos informations, cette histoire a commencé début 2017 pour prendre fin cette semaine. Comptable de profession, cet homme de 58 ans tombe éperdument amoureux de cette Kimberley C. avec laquelle il converse via des messages sur les réseaux sociaux. Au départ, il aurait lui même envoyé de l’argent à cette mystérieuse femme. Sur son profil, que nous avons pu consulter, la photo de profil présente une femme blonde et jolie, prise en mode selfie dans ce qui ressemble à une salle de restaurant trop aseptisée pour supputer une localisation. Le “gogo”, lui, a déclaré qu’elle s’était présenté comme une fille née en Italie et qui, après avoir passé son enfance en Belgique, s’est installée au Bénin. Toujours d’après nos renseignements, cette femme fait aussi croire qu’elle est issue d’une famille aisée.

Un intermédiaire de choix

Naïf, et sans doute un peu seul socialement, le Saint-Pierrois mord à l’hameçon. Cette relation numérique et surtout très intéressé aurait pu se cantonner à son seul préjudice. Sauf que les escrocs, sentant sûrement la particulière candeur de leur interlocuteur, s’en sont servis comme intermédiaire pour étendre leur méfait. A partir de là, le Réunionnais a servi de collecteur de fonds pour sa “dulcinée”. D’autres victimes lui ont alors envoyé de l’argent qu’il avait ensuite pour mission de transférer au Bénin via un organisme de transferts de fonds. Une pratique qui garanti des envois intraçables aux bénéficiaires.

Au total, les policiers dénombrent une quarantaine de victimes dont on ne sait pas comment elles ont été appâtées pour leur part. Il pourrait s’agir du même chantage affectif mais aussi de la fameuse arnaque à l’africaine. Cette dernière consiste à promettre des gains faramineux, en général sur fond d’héritages bloqués pour d’obscures raisons, en échange d’une avance. Le comptable a ainsi réceptionné des virements et autres chèques pour plusieurs centaines d’euros à chaque fois. Il est aussi probable que ces escrocs se soient servis de son étiquette de comptable pour mettre en confiance leurs proies. Comble de l’arnaque, il arrivait aussi que Kimberley C. envoie de petites sommes à son intermédiaire, histoire d’arrondir ses fins de mois et de l’endormir encore plus.

Déjà repéré il y a quelques mois, ce quinquagénaire avait déjà été convoqué au commissariat pour une audition libre. Visiblement autant complice que victime, la justice s’était alors contentée de lui conseiller fermement de stopper ces agissements. Mais complètement sous le joug de cette Kimberley C., il a continué et les victimes se sont multipliées. D’où cette nouvelle procédure, bel et bien judiciaire cette fois. Défendu par Me Farid Issé lors de sa présentation, l’homme est apparu dépassé par les événements et surtout toujours potentiellement sensible aux “charmes” de celle qui lui vaut aujourd’hui des poursuites. D’où ce contrôle judiciaire strict en attendant le procès. D’ici là, il est largement envisageable que d’autres victimes se manifestent. Mais une chose est sûre, les 300 000 euros sont définitivement dans la nature.

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